Le lien eau-énergie
Tout oppose l'eau et l'énergie : l'eau se stocke mais ne se transporte pas facilement sur de longues distances, alors que l'électricité se stocke difficilement, mais se transporte aisément.
Deux fluides différents, mais au destin commun
L'énergie se consomme et disparaît alors que l'eau suit un cycle permanent et peut se réutiliser plusieurs fois. Toutefois, la production d'eau et la production d'énergie sont intimement liées. Il n'y a pas de production d'énergie sans eau et pas d'eau propre sans énergie.
La continuité de l'alimentation en énergie est très importante pour la production d'eau.
A titre d'exemple, chaque année au Niger, 70% des ruptures de production d'eau potable sont liées à des coupures du réseau électrique. A Saana, au Yemen, les services d'eau de la ville peinent à approvisionner les habitants, car l'aquifère est en voie d'épuisement. La solution envisagée serait le recours au dessalement d'eau de mer, mais la ville étant située à 2400 m au-dessus du niveau de la mer et les coûts énergétiques pour son pompage s'ajouteraient aux coûts du dessalement. D'autre part, le pays ne dispose pas des capacités énergétiques nécessaires.
La région Moyen Orient - Afrique du Nord est l'une des plus concernées par les liens entre l'eau et l'énergie.
Dans ces régions, qui sont les plus sèches du monde, l'eau est une denrée rare et fait l'objet d'une concurrence entre les différents secteurs, domestique, industriel et agricole. La surexploitation a épuisé les aquifères et réduit la quantité de ressources hydriques fiables et moins coûteuses. Un certain nombre de pays arabes sont désormais contraints de recourir largement au processus de dessalement : la région MENA compte ainsi plus de 60% des unités de dessalement à l'échelle mondiale, pour 5% de la population mondiale.
Tout cela génère une demande en énergie de plus en plus forte.
L'agriculture est la plus grosse utilisatrice d'eau (plus de 80% des ressources sont consacrées à l'irrigation). Dans ces régions riches en pétrole, l'industrie pétrolière est également une grosse utilisatrice, pour l'eau de production et d'injection. Un ordre de grandeur simple est qu'une raffinerie consomme autant d'eau qu'elle traite de pétrole brut, avec de fortes disparités selon les contraintes règlementaires locales : Il faut de 3 à 5 barils d'eau pour produire et raffiner un baril (159 litres) de pétrole.
Une étude de cas réalisée par Saudi Aramco montre que la mise en œuvre de mesures de conservation, de réutilisation et de reprise d'eau dans les secteurs du gaz naturel et du pétrole brut pourrait potentiellement permettre d'économiser jusqu'à 31% de la demande totale en eau industrielle d'Arabie Saoudite. En Oman,la compagnie Petroleum Development réutilise déjà une grande proportion de l'eau produite avec le pétrole.
Le secteur alimentaire gros consommateur d'énergie, notamment pour le pompage de l'eau
Le secteur de l'alimentation représente environ 30 % de la consommation de l'énergie mondiale, et il produit plus de 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, indique le rapport "energy-Smart Food for People and Climate" publié fin novembre 2011 par la FAO dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques.
L'utilisation directe de l'énergie dans les fermes agricoles s'élève à environ 6 exa-joules par an (dont un peu plus de la moitié dans les pays de l'OCDE), hors labeur humain et traction animale. L'énergie y est utilisée notamment pour le pompage de l'eau. Les mesures qui peuvent être prises pour économiser de l'eau et de l'énergie comprennent l'utilisation de moteurs plus économes en carburant, le monitorage de l'irrigation et la distribution ciblée de l'eau, souligne la FAO.
Recommandations
- Le renchérissement prévisible du coût de l'énergie fossile aura des impacts importants sur les coûts de production d'eau potable et d'assainissement. Aussi, pour développer l'accès aux services essentiels, sécuriser un approvisionnement durable et abordable et préserver l'environnement, il est indispensable d'économiser ces fluides. Cet enjeu s'inscrit dans un contexte de croissance démographique et d'urbanisation accélérée exacerbant les tensions sur ces ressources et leurs usages.
- Des synergies locales doivent être mises en place entre les acteurs impliqués (industriels, opérateurs, pouvoirs locaux, financeurs) qui doivent travailler plus étroitement pour trouver des leviers d'action sur le terrain.
- Des systèmes de péréquations tarifaires entre les secteurs de l'eau et de l'énergie peuvent représenter un moyen efficace de développer l'accès à ces deux services en mutualisant les risques et les financements. Ainsi, dans certains pays comme le Maroc, l'électricité paie pour partie le développement des infrastructures en eau et en assainissement.
- Pour progresser vers un usage plus sobre, les pouvoirs publics doivent mettre en œuvre des politiques incitatives et contraignantes y compris via l'instauration de politiques de subventionspour peu qu'elles soient automatiquement accompagnées d'information et de pédagogie sur le véritable prix du fluide et que les politiques tarifaires incitent aux économies pour mettre fin au gaspillage.